L’histoire d’Hubert Cloix, entrepreneur résistant.

L’histoire d’Hubert Cloix, entrepreneur résistant.

Rien ne laisse présager que l’homme que nous avons en face de nous a été un des piliers de la résistance pendant la deuxième guerre mondiale. Il a 96 ans, ses yeux sont vifs et bienveillants. Je l’ai rencontré, et il a accepté de me raconter l’histoire de sa vie.
Le 15 juin 1973, par un concours de circonstances incroyable, naît la société Hubert Cloix. Son fondateur du même nom, est revenu sur son histoire, son parcours, sa vie de résistant pendant la guerre, et tout ce qui l’a mené à la création de cette entreprise. Zoom sur l’histoire d’Hubert Cloix, résistant, à travers son interview.

Résistance et études 

« Monsieur Cloix, vous êtes connu pour avoir été un grand résistant pendant la seconde guerre mondiale. Pourriez-vous nous raconter cette période de votre vie ? »

« En 1940, c’est déjà la guerre et la défaite de l’armée française. Le Wehrmacht occupe toute la France. Je suis alors au lycée et je décide que je présenterai le concours HEC à l’issue de ma terminale. 
En 1943 je commence ma classe préparatoire au lycée Chaptal à Paris. Dans le même temps, je suis recruté par l’Armée Secrète pour la résistance. J’ai pour tâche de recruter des hommes pour créer un maquis dans le massif central. Plusieurs fois je manque de me faire arrêter. L’ennemi était partout. 

Je suis reçu au concours d’HEC. En plus de mon cursus, je suis des cours de secouriste pour la Croix Rouge. Cela me permet de circuler librement dans les zones de bombardement, et ce, même malgré le couvre-feu. Je peux ainsi continuer mes missions de résistance. 

En parallèle, les études continuent. Avec l’accord du directeur, les emplois du temps sont aménagés quand nous sommes en mission.
Puis, arrive le courrier. Celui qui me convoque à ma visite médicale en vue d’un potentiel départ en Allemagne. La mienne se déroule à la mairie du 11ème arrondissement de Paris. Visite classique : taille, poids, antécédents médicaux… A la fin, le médecin qui m’examine me demande : « Veux-tu partir en Allemagne ? » 
Bien-sûr, je réponds « Non ! »
Il m’offre alors un sursis de six mois. C’est extraordinaire, car cela me permet de continuer mes études et d’être en situation régulière. 
Ce médecin a pris un gros risque, car j’étais en bonne santé et tout à fait apte à partir au STO. 

Fin de la guerre

« A la fin de la guerre, vous sortez diplômé d’HEC, que décidez vous de faire à cette période où tous les possibles s’offrent à vous ? »

Le 6 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie. Moins d’un an plus tard, le 8 mais 1945, c’est la fin de la guerre, mais également de mes études.
Mon père, Georges Cloix, me demande de venir travailler à la scierie. J’accepte et devient directeur d’exploitation. Je me forme sur le tas au mesurage du bois et à la surveillance des exploitations forestières. Je m’occupe également de tout l’administratif et de la comptabilité. C’est pour moi une période très enrichissante. 

Parcours professionnel 

« Comment êtes-vous arrivé dans le monde de l’agro-alimentaire ? »

On me propose un travail à Paris. La maison Lowet m’offre un poste de chef de chantier. J’accepte et pars pour la capitale. Je découvre là-bas un nouveau monde : celui du chantier. Je passerai huit années dans cette société avant qu’on ne me propose un nouveau poste. Cette fois-ci, c’est une toute petite affaire : la maison Rousset. Malgré mon ignorance du monde de la plomberie, je reprends tout en main. La comptabilité, le contact avec les gros clients et j’apprends même le métier de plombier en suivant des cours chaque samedi… 

1965. 
Je suis toujours gérant de la maison Rousset, mais on me propose de reprendre la direction d’Autofrigor, société qui court alors à sa perte. J’accepte à la condition de garder mes fonctions chez Rousset. Je découvre alors le monde de l’agro-alimentaire machines à glace. Dès mon arrivée, je réduis les dépenses inutiles et développe les secteurs à expansions possibles.

La création de la maison Hubert Cloix

« Vous avez donc été le gérant de plusieurs grosses sociétés. A quel moment vous est venue l’envie de monter votre propre affaire, et comment la société Hubert Cloix est-elle née ? »

Cinq ans après mon arrivée chez Autofrigor, je présente un bilan positif. Je quitte la société avec un accord écrit des dirigeants qui m’autorise à devenir leur concurrent. Je voulais monter ma propre structure. A ce moment-là ils pensaient que je n’avais aucune chance de réussir. Encore moins de monter une affaire valable. 

Les premières machines ont été fabriquées avec des outils plus que rudimentaires. Mais après l’envoi de prospectus et des appels téléphoniques, les commandes arrivent. Après les turbines à glace, puis les pastocuiseurs, nous développons des tables de service pour la glace  et des machines multifonctions, en nous laissant entraîner par les différentes évolutions qui surviennent. 
Fier de ce succès, en 1973, je quitte définitivement la maison Rousset et crée ma société. Commence une grande aventure de famille. L’histoire d’Hubert Cloix, qui continue encore aujourd’hu
i grâce à mon fils, puis à mon petit-fils…